La nature a-t-elle un prix ?

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La nature a-t-elle un prix ?

Café des sciences avec Julien Milanesi, le 16 mars 2007 à l'occasion de la Semaine de l'Environnement 2007, organisée par l'Association de Sensibilisation aux Problèmes Environnementaux (ASPE) au bar-librairie l'entropie.

Parallèle entre impact économique et prise en compte des dangers environnementaux.

Résumé du conférencier

Un AZF tous les 15 ans, la chimie reste rentable", "comment indemniser les victimes de marée noire", "les pesticides sont-ils socialement acceptables", "à partir de quelle rentabilité, peut on risquer l'accident majeur nucléaire ?", "combien seriez vous prêt à donner pour sauver les baleines", Etc ... Vous avez tous entendu ce type de questions surgir voire s'incruster dans le débat environnemental. Récemment le WWF comme les syndicats européens ont à leur tour utilisé et légitimé la méthode des évaluations contingentes avec le souhait positif de chiffrer les bénéfices sanitaires, environnementaux et humains de REACH pour répondre aux arguments des lobbys...

Face aux coûts des politiques publiques en matière d'environnement, les décideurs publics comme les associations de défense de l'environnement cherchent aujourd'hui à mesurer les bénéfices de ces politiques. Pour la plupart non marchands (sauvegarde des écosystèmes, préservation de la vie humaine, etc.) ces bénéfices sont mesurés à l'aide de méthodes (évaluation contingente, analyse des coûts de transports, méthode des prix hédoniques) élaborées ces trente dernières années par des économistes de l'environnement. D'abord légitimées par l'administration et les tribunaux des USA, ces méthodes d'inspiration théorique néoclassique reposent sur une conception utilitariste de la société qui nie l'existence de droits fondamentaux ou de positionnements éthiques et conduit à une extension sans limite de la sphère marchande. N'y a-t-il pas derrière ces "outils" la menace d'une rationalisation pseudo-scientifique de la décision publique qui évacue la confrontation des valeurs, essentielle au débat démocratique ?

 Autre résumé

Comment un prix peut-il être attribué à un écosystème qui, par nature, n'a pas de prix ? Certains économistes utilisent pour cela une hypothèse de base, issue de la philosophie utilitariste, qui consiste à faire abstraction de toute considération morale. Un environnement, des animaux, ou des paysages, ne sont considérés qu’à travers l’intérêt individuel que leur porte les individus - de la même manière que des objets de consommation courante - ce qui permet de leur donner une valeur monétaire.

Plusieurs méthodes sont utilisées pour évaluer monétairement des bénéfices. Pour la construction d'une autoroute, par exemple, les bénéfices de la vitesse peuvent être calculés en valorisation les minutes gagnées au taux de salaire horaire moyen. La sécurité peut être évaluée à l’aide de la valeur d’un tué sur la route (actuellement 750 000 €). La méthode d’évaluation la plus répandue (l'évaluation contingente) consiste à conduire une enquête avec une question du type "combien seriez-vous prêt à donner pour sauvegarder une espèce en voie de disparition" ou encore "combien seriez-vous prêt à recevoir pour...". Les résultats obtenus sur des échantillons de population permettent ainsi de calculer un prix en extrapolant les résultats à l'échelle d'une région, d'un pays ou même global. Avec tout ce que cela implique comme approximation, et comme hypothèses théoriques et philosophiques.

La théorie économique sous-jacente à ces analyses (dite "néo-classique") suppose que les ressources sont illimitées et que les déchets ne sont pas un problème. Elle postule une équivalence, une possibilité de substitution, entre un état de l’environnement et une somme d'argent ; ce passage est donc par hypothèse réversible, sans prendre en compte le caractère irréversible des transformations appliquées à cet environnement (extinction totale d'espèces, destructuration totale d'un paysage, etc.).

Pour en savoir plus

Ouvrages :

  • La nature hors la loi : L’écologie à l’épreuve du droit, François Ost, 2003 (1995), Paris : La découverte Poche.

  • L’économique et le vivant, René Passet, 1996 (1979), Paris : Economica, 2e édition.

    Le livre de référence de René Passet qui propose une réflexion très riche tout en restant abordable sur les liens entre économie, société et milieux naturels. Il a pour cela recours à des analyses économiques (de l’environnement, du développement, des institutions) mais emprunte également largement à la thermodynamique, la biologie, l’écologie, la théorie de l’information. C'est LE livre à lire pour commencer à réfléchir sur l'économie et l'environnement.

  • Economie des ressources naturelles et de l’environnement, Sylvie Faucheux et Jean-François Noël, 1995, éditions Armand Colin.

    C'est un manuel, très complet, qui présente notamment les différentes méthodes abordées lors de la conférence.

Le titre du café des sciences est tiré du livre : La nature a-t-elle un prix ? Critique de l'évaluation monétaire des biens environnementaux, Martin Angel, 1998, Les presses de l'Ecole des Mines, Paris.